Mise à jour 2026-05-26
Dans un contexte où la transition énergétique devient un enjeu majeur à l’échelle mondiale, le développement des compétences locales représente un levier essentiel pour assurer un accès durable à des solutions adaptées aux réalités du terrain. Le Sénégal fait face à un double défi : répondre à une demande énergétique croissante tout en s’affranchissant des énergies fossiles, souvent coûteuses et polluantes. C’est dans cette optique qu’un projet de formation d’envergure internationale a vu le jour, unissant le savoir-faire canadien et l'ambition d'enseignants sénégalais pour propulser l'expertise solaire locale.
Cette initiative d'envergure est née grâce au soutien financier d’Affaires mondiales Canada. Le programme avait un objectif précis : orchestrer une mise à niveau complète du corps professoral du Centre National de Qualification Professionnelle (CNQP) de Dakar au Sénégal, un établissement clé pour la formation technique du pays. Pour piloter ce mandat complexe, le gouvernement canadien s’est tourné vers le Collège communautaire du Nouveau-Brunswick (CCNB), agissant à titre d'organisme sans but lucratif détenteur du projet. Reconnaissant la nécessité d'intégrer des experts de pointe sur le terrain, le CCNB a par la suite sélectionné des partenaires de choix, notamment l’équipe d’Ecosolaris pour prendre en charge le volet des énergies renouvelables.
Mandatée à titre de technicien-formateur, l’équipe d’Ecosolaris avait pour mission de former un groupe de formateurs locaux, qui à leur tour transmettront leurs connaissances à des vagues successives d’étudiants dans le domaine des systèmes solaires. L’objectif était clair : contribuer à bâtir une expertise locale durable dans le secteur de l’énergie solaire, s’assurer que les enseignants Sénégalais maîtrisent les technologies de dernier cri, et favoriser l’autonomie technique des communautés. Pour y parvenir, l’histoire s’est écrite à travers un parcours rigoureux, allant du Sénégal jusqu'aux laboratoires du Québec.

Chronologie d'un partenariat : Du diagnostic à la création d'un laboratoire local
L'aventure n'a pas commencé dans une salle de classe, mais bien sur le terrain. Les experts d'Ecosolaris se sont d'abord rendus à Dakar au Sénégal afin de visiter les installations existantes du CNQP de Dakar. Cette première étape de diagnostic était fondamentale : elle a permis d'analyser la situation de près, de déceler les lacunes techniques du programme de l'époque et de comprendre l'écosystème énergétique local. C'est à partir de ces observations concrètes que des propositions et des suggestions pédagogiques sur mesure ont pu être formulées.
Une fois les besoins ciblés, le projet a pris une tournure transatlantique avec l'accueil des professeurs de Dakar à Saint-Jérôme. Un groupe d'enseignants du Centre National de Qualification Professionnelle (CNQP) de Dakar a ainsi traversé l'océan pour participer à une immersion intensive de trois semaines au Canada. Le point culminant de ce séjour s'est déroulé à Saint-Jérôme, où les participants ont passé une semaine complète au sein des installations d'Ecosolaris. Loin de la théorie abstraite, cette étape a permis aux professeurs en énergie solaire sénégalais de manipuler du matériel de pointe, de décortiquer des systèmes de batteries complexes et d'étudier de près le fonctionnement d'installations connectées au réseau. Ce contact direct avec la technologie québécoise a jeté les bases pratiques nécessaires pour la suite du programme.

Pour que ce transfert de connaissances survive au voyage de retour, il fallait que les professeurs sénégalais disposent des mêmes outils chez eux. Ecosolaris a alors joué un rôle de conseiller stratégique en soumettant au collège une proposition détaillée identifiant les composantes matérielles exactes à acquérir. L'objectif était de permettre au CNQP de Dakar de bâtir sa propre salle de laboratoire solaire pédagogique. Une fois le matériel commandé, acheminé et reçu au Sénégal, une étape finale s'imposait : la prise en main de ce nouveau laboratoire. C'est l'équipe d'Ecosolaris qui est alors retournée sur le terrain pour assurer la formation finale des professeurs directement sur leurs propres équipements, bouclant ainsi la boucle de l'autonomie technique.
Lorsque l'équipe d'Ecosolaris est retournée au Sénégal pour cette ultime étape, l’objectif était de donner vie à cette nouvelle salle de laboratoire à Dakar. Les experts d'Ecosolaris ont d'abord procédé à l'inspection, à la configuration et à la validation de tout le matériel reçu afin de s'assurer que chaque équipement était parfaitement fonctionnel et sécuritaire. Une fois cette mise en place technique complétée, la formation pratique a pu commencer. C'est à ce moment précis que le projet a pris tout son sens : l'équipe sénégalaise a pu appliquer directement chez elle les compétences acquises au Canada, en réalisant les modules de formation sur ses propres installations.

Un programme technique de haut niveau pour un impact durable
Grâce à cette synergie entre les différents acteurs, la formation dispensée sur le terrain s’est articulée autour de trois volets majeurs, conçus pour répondre précisément aux réalités du Sénégal. Le premier volet s’est concentré sur le dimensionnement et les principes fondamentaux. Ce module a permis aux participants d’acquérir une base solide sur le calcul de la taille des systèmes photovoltaïques, l’analyse fine des besoins énergétiques et la compréhension structurelle des différentes composantes nécessaires à la conception d’un système adapté. Sans une bonne maîtrise du dimensionnement, les installations risquent la sous-performance ; cette étape théorique était donc le pilier du projet.
Le deuxième bloc s'est penché sur l'installation réseau et la maîtrise des systèmes sur batteries. Cette portion pratique a permis d'explorer les systèmes solaires autonomes, qui stockent l'énergie dans des batteries pour fournir de l'électricité la nuit, ainsi que les systèmes connectés au réseau, qui injectent directement l'électricité produite dans le réseau public pour réduire les factures locales. Chaque étape d’installation a été enseignée en apprenant à adapter le matériel aux contraintes climatiques locales comme les fortes chaleurs et la poussière, tout en respectant les normes de sécurité en vigueur au Sénégal. Cette approche a permis aux enseignants de développer de véritables réflexes techniques immédiatement applicables.

Enfin, le projet comprenait un module spécialisé consacré au pompage solaire, une technologie qui représente plus de 50 % des installations solaires dans certaines régions d'Afrique. Bien que cette solution soit beaucoup moins utilisée au Canada, elle joue un rôle absolument essentiel au Sénégal pour l’approvisionnement en eau potable des communautés rurales et pour l’irrigation agricole. La maîtrise de cette technologie représentait donc un enjeu critique pour ces territoires confrontés à d’importants défis d’accès à l’eau et à l’énergie.
Ce projet est né d’une conviction profonde : le partage des connaissances est le seul véritable vecteur d’un impact réel et structurel. En choisissant de former des formateurs locaux plutôt que de simplement installer des panneaux, Ecosolaris et le CCNB ont sciemment créé un effet multiplicateur. Chaque enseignant outillé s'apprête aujourd'hui à former des dizaines d'étudiants chaque année au CNQP de Dakar, permettant aux compétences acquises de rayonner bien au-delà de la formation initiale.
Derrière chaque notion enseignée se trouve désormais la promesse d’un meilleur accès à l’énergie, d’une gestion de l’eau optimisée et de nouvelles opportunités de développement économique local, portées par celles et ceux qui connaissent le mieux les besoins de leur milieu.